Écartant le paradigme du pur hasard au profit d’une lecture sensible des résonances, Fanny Wyzlan déploie une esthétique de la synchronicité. Sa pratique s’articule autour de la capture de significations latentes, ces fragments d’existence qui, par leur surgissement fortuit, dictent le chemin de sa création.
Sa démarche s’apparente à une archéologie de l’immatériel : elle identifie les « signes silencieux » du réel pour en extraire la substance archétypale avant leur dissolution. À travers une porosité entre le dessin, la photographie et l’image en mouvement, l’artiste ne se contente pas de documenter l’éphémère ; elle l’inscrit dans une temporalité pérenne, luttant contre l’érosion de la mémoire.
Dans l’œuvre de Fanny Wyzlan, le support s’affirme bien au-delà de sa fonction de réceptacle ; il devient un élément actif du geste. L’artiste privilégie des papiers dont la matérialité même porte les stigmates d’une antériorité : fibres altérées, jaunissures ou plis témoignant d’une existence préalable. Ces supports, chargés d’histoire, ne sont pas choisis par pur esthétisme, mais pour leur capacité à entrer en résonance avec les événements synchronistiques qu’elle cherche à fixer.
En investissant ces surfaces déjà habitées par le temps, elle instaure un dialogue entre sa propre syntaxe et la mémoire intrinsèque de l’objet. L’œuvre ne se superpose pas au support ; elle s’y infiltre, cherchant la concordance exacte entre le signe graphique et la trame temporelle du papier. Cette stratification de sens où la trace de l’artiste rencontre les marques du passé, transforme l’image en un palimpseste vibratoire.
Au cœur de ce dispositif, le carnet occupe une place primordiale. Objet de l’intime et de l’immédiateté, il permet une appréhension tactile de la fragilité. Dans ce corps-à-corps avec la matière, le geste devient un acte de préservation, une tentative de retenir l’évanescence de l’instant. L’utilisation de ces supports fragiles souligne la vulnérabilité du vivant et de la pensée face à l’immensité du temps.
Par cette alliance entre le sujet et son socle mémoriel, Fanny Wyzlan opère une réconciliation vibratoire entre l’espace psychique et le monde extérieur. L’œuvre devient alors le lieu de rencontre où l’intime et le tangible fusionnent, transformant l’expérience fugitive en une architecture de l’esprit, aussi impalpable qu’universelle.


