
Phrises. Papiers scripturés et dessins peinturés, sont produits presque secrètement, «sans intention», sans autre nécessité que tracer, inscrire, chercher, répondre au monde, comme un chant intérieur, quotidiennement depuis plus d’une dizaine d’années par Catherine Pomparat, récupérateuse.
Lectures quotidiennes de littérature mais aussi d’une foule d’écrits de tous types croisent ses regards et ses écoutes sur ce qui peut dévier, faire frémir sens et formes, temps furtifs, jours ordinaires, croyances politiques vives, doutes et enthousiasmes artistiques, langues humaines vacillantes.
Comment vivre, respirer, se tenir debout ou à la grande table du menuisier, au diapason du monde, demeurant sur ses lisières, frêle?
Sans leçons parce que au travail, à l’établi d’artisane, avec des sentences parfois entendues, soulevées, tenues à bras le corps, parfois murmurées, réinventées, lancées, tremblées de la main gauche.
Comment s’effacer, comment dire précisément, réécrire, veiller, avec craintes, défis, vaillance, de toutes forces ? Toujours avec un amour profond, ressusciter des figures d’entre les noms, là où l’art devient une communauté qui se frotte, se fait passer, emporte, veille, et surtout transmet corps à corps.
Emballer dans un sac jetable ou déplier, recouvrir une boîte de médicaments démontée, ne plus acheter mais sans cesse remettre en jeu, esquisser, raturer, extraire, délier pour sauver, étendre infatigablement une part de l’humanité


Plus la vision de mes yeux est infidèle au réel, plus il me semble voir l’intérieur de ma boîte crânienne. Le petit livret haut perché sur une charnière-reliure proclame ce fait : « La vie ne se passe pas sur la Terre mais dans ma tête ».
La marche commune des éléments de langage, la démarche avérée « écrire c’est dessiner », la main pose, dispose, compose, expose des mots, des formes, des figures, des corps vivants en mouvements.
Un contenu visuel inclus dans l’espace linéaire d’une frise se place et se déplace en faisant trace sans intention.

Phrase et frise d’une étendue indéterminée avancent au fur et à mesure de la durée d’exécution.
Brève ou longue, la réalisation invite des couleurs à peinturer de petites formes écrites et dessinées.
Du fond des mots, d’un tréfonds de mémoire, un néologisme réalise l’union d’écritures et de peintures : phrise est son nom.
Blanc sur rouge, rien ne bouge. Rouge sur blanc tout fout le camp. Des manières de volumen, leporelo, zigzag, tour et contour sortent en se bousculant d’une malle rouge : tout bouge.
Pratiques langagières évident le temps en bâtissant l’espace. Le pilier de soutènement de cette construction est le mot phrise. Nulle évidence en ce moment de déploiement des rouleaux de carton. L’exercice prend son temps. Une expérience ressuscite. Une main de lecture suit le déroulement de l’action. Elle met à l’index un dicton : frasage et peinturage, cuvée du grand âge.
L’espace est un doute, sans doute.
Au pied du mur la phrise tend l’oreille et attend.
Des formes peinturées (s’) inscrivent dans la durée (d’) une ligne de vie. Le temps est pris. C’est fini.
Catherine Pomparat, extrait du texte rédigé pour l’exposition.

Biographie
Catherine Pomparat, fille de menuisier, petite fille de boulanger, née au commencement de la deuxième moitié du siècle dernier à Bordeaux-Mériadeck —à côté de la Caserne des pompiers—, travaille la « frase » sans brûler la matière et pratique par tenons et mortaises des manières de faire poésure et peintrie.
Nombreuses publications dans diverses revues littéraires numériques et imprimées.